26 mai 2026

Aide publique au développement : la France doit faire face à ses responsabilités

Aide publique au développement : la France doit faire face à ses responsabilités

Dans un contexte international marqué par l’aggravation des crises climatiques, sanitaires, alimentaires et géopolitiques, les besoins en matière de solidarité internationale n’ont jamais été aussi importants. Les conflits se multiplient, les systèmes de santé restent fragiles dans de nombreux pays, et les effets du dérèglement climatique frappent en premier lieu les populations les plus vulnérables.

Dans le même temps, plusieurs pays réduisent leur effort d’aide publique au développement, au moment même où les fragilités globales s’intensifient. Cette tension interroge directement la place que la France entend occuper dans le monde.

Dans ce contexte, avec le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires, nous avons demandé l’organisation d’un débat sur les enjeux et les perspectives de l’aide publique au développement au Sénat.

Je suis intervenu dans l’hémicycle à cette occasion.

Ce débat dépasse largement une approche budgétaire ou technique. Il pose une question de fond : quelle France voulons-nous dans le monde du XXIᵉ siècle ?

Une France qui se replie sur ses frontières et considère les crises globales comme extérieures à elle ? Ou une France fidèle à sa tradition universaliste, à son engagement multilatéral et à sa vocation de solidarité entre les peuples ?

L’aide publique au développement ne peut pas être réduite à une variable d’ajustement budgétaire. Elle n’est ni une faveur, ni une dépense accessoire. Elle constitue un instrument de justice, de stabilité et de paix, mais aussi un outil stratégique pour la sécurité collective.

Dans un monde interdépendant, l’idée selon laquelle les crises resteraient à distance est illusoire. La pandémie de Covid, les tensions migratoires et les conséquences du réchauffement climatique en ont apporté la démonstration concrète.

Lorsque des systèmes de santé s’effondrent, lorsque la pauvreté extrême progresse ou lorsque des États deviennent incapables de répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations, les conséquences sont toujours les mêmes : instabilité, violences, trafics, radicalisations, parfois conflits.

L’aide publique au développement agit précisément en amont : elle permet de prévenir plutôt que de subir.

Dans ce cadre, le rôle de l’Agence française de développement est central. Elle finance des infrastructures essentielles, soutient les systèmes de santé, l’éducation, l’accès à l’eau, la protection sociale et la transition écologique. Elle intervient souvent dans des zones où les acteurs privés ne sont pas présents et porte une vision du partenariat fondée sur la coopération et le respect.

C’est pourquoi toute réduction de ses moyens interroge, au moment même où les besoins augmentent fortement.

L’exigence d’efficacité de la dépense publique est évidemment légitime. Chaque euro doit être évalué et contrôlé. Mais réduire l’aide publique au développement dans un contexte d’aggravation des crises serait une erreur stratégique majeure.

Cette politique produit pourtant des résultats concrets. En matière de santé mondiale, les progrès sont significatifs : recul de la mortalité infantile, amélioration de l’accès aux soins, renforcement des systèmes de santé et développement de la couverture sanitaire dans de nombreux pays partenaires.

Ces avancées sont le fruit d’un travail de long terme mené par de nombreux acteurs : ONG, chercheurs, médecins, associations, collectivités, ainsi que les agents de l’AFD engagés sur le terrain, parfois dans des conditions très difficiles. Leur action contribue aussi au rayonnement de la France.

Au-delà de la solidarité, l’aide publique au développement est également un levier d’influence et de coopération internationale. Elle permet de construire des relations fondées sur le partenariat plutôt que sur la dépendance.

Elle constitue aussi un moteur pour nos territoires. De nombreux projets mobilisent des entreprises françaises et des savoir-faire nationaux, contribuant ainsi à un cercle vertueux entre solidarité internationale et activité économique.

Dans un contexte de concurrence stratégique accrue entre puissances, un retrait de la France aurait des conséquences immédiates : d’autres acteurs prendraient la place, avec des modèles et des valeurs qui ne sont pas nécessairement les nôtres.

C’est pourquoi nous défendons une vision claire : la France doit rester une puissance de dialogue, de coopération et de solidarité, attachée aux droits humains et à la dignité des peuples.

L’aide publique au développement doit être comprise non comme une charge, mais comme un investissement d’avenir : dans la stabilité mondiale, dans la prévention des crises, dans notre influence et dans notre sécurité.

Cela implique aussi davantage de ciblage, d’évaluation et de transparence. L’efficacité et la clarté sont indispensables pour maintenir la confiance des citoyens.

Mais la réponse aux tensions budgétaires ne peut pas être le renoncement.

Au fond, la question reste simple : quel monde voulons-nous construire ?

Un monde dominé par les rapports de force et les replis, ou un monde fondé sur la coopération et la solidarité ?

Pour notre part, nous faisons le choix de la seconde voie. Non par naïveté, mais parce qu’elle est à la fois fidèle à nos valeurs et conforme à nos intérêts.

La grandeur d’un pays se mesure aussi à sa capacité à défendre l’universel et à porter une ambition de justice dans le monde.

Suivez toute mon actualité en vous inscrivant à ma newsletter

Suivez toute mon actualité en vous inscrivant à ma newsletter

Suivez toute mon actualité en vous inscrivant à ma newsletter