25 nov. 2025

Duoday au Sénat : rendre visible le handicap en outre-mer, une exigence républicaine

Duoday au Sénat : rendre visible le handicap en outre-mer, une exigence républicaine

25 nov. 2025

Duoday au Sénat : rendre visible le handicap en outre-mer, une exigence républicaine

Le 25 novembre dernier, le Sénat à ouvert ses portes à l’occasion de la 8ᵉ édition du Duoday. Cette journée nationale vise à permettre à une personne en situation de handicap d’accompagner un professionnel, de découvrir un métier, un lieu, un univers souvent perçu comme inaccessible.

À cette occasion la délégation sénatoriale aux outre-mer a eu l’honneur d’accueillir Tidiane Diakité, champion de cécifoot et médaillé d’or paralympique aux Jeux de Paris 2024 avec l’équipe de France, ainsi que Julien Zelela, fondateur du premier club de cécifoot en France, référent sport de la Fédération des aveugles de France, originaire de Martinique. 

J’ai longuement échangé avec Tidiane Diakité. Au-delà de son parcours sportif exceptionnel, c’est sa force intérieure, sa lucidité et son engagement qui m’ont profondément marqué. Tidiane incarne une conception exigeante et profondément humaine de la dignité : celle qui consiste à refuser d’être réduit à ses limites, à affirmer son identité et à contribuer pleinement à la société.

Sa présence au Sénat, dans le cadre du Duoday porté avec conviction par notre délégation, était lourde de sens. Non parce qu’il faudrait susciter la compassion, Tidiane ne demande ni indulgence ni regard attendri, mais parce que son parcours nous rappelle notre responsabilité collective : créer une République où chaque personne, quelle que soit sa situation, peut trouver la place qui lui revient de droit.

Handicap en outre-mer : une réalité encore trop invisibilisée

Cette rencontre s’inscrivait pleinement dans les travaux que nous avons mené au sein de la délégation au sujet du handicap en Outre-mer. Avec mes collègues Audrey Bélim et Micheline Jacques, présidente de la délégation, nous avons remis au président du Sénat Gérard Larcher notre rapport intitulé « Politique du handicap outre-mer : faux départ et course de fond ». Le président a salué à cette occasion l’investissement extraordinaire des sportifs auprès des jeunes, soulignant le rôle essentiel du sport comme levier d’inclusion.


Car derrière les témoignages inspirants, les constats sont préoccupants. Le handicap dans les territoires ultramarins demeure largement invisibilisé, insuffisamment pris en charge et se conjugue à de fortes vulnérabilités sociales.

Quelques données parlent d’elles-mêmes :

  • À Mayotte, 21 % des enfants de 5 à 14 ans sont en situation de handicap, contre 4 % dans l’Hexagone.

  • 18 % des enfants y présentent des limitations cognitives sévères, contre 3 % dans l’Hexagone et 5 % dans les autres DROM.

  • Dans le Pacifique, près de 17 000 personnes en situation de handicap sont recensées.

  • Le coût de la vie est 30 à 41 % plus élevé dans les territoires ultramarins.

  • Le taux de monoparentalité atteint 59 %, et le chômage y est structurellement plus élevé.

Les données restent lacunaires, mais les constats sont clairs : les outre-mer font face à un cumul de facteurs de vulnérabilité : précarité, isolement, manque d’accompagnement, auquel s’ajoute une détection trop tardive du handicap, parfois encore tabou dans certaines cultures locales.

Des politiques publiques en deçà des ambitions de la loi de 2005

Or, les politiques publiques mises en place sont encore loin des objectifs fixés par la loi de 2005 en matière d’égalité des droits et des chances. Les retards sont patents en matière d’accessibilité des transports, d’éducation, d’offre médico-sociale et d’insertion professionnelle.

Selon le Défenseur des droits, le handicap demeurait en 2023 le premier motif de discrimination en France. Cette réalité doit nous alerter en permanence, en particulier dans les outre-mer, où la part de personnes en situation de handicap est plus élevée (12 % des 25-64 ans contre 10 % dans l’Hexagone) et où les facteurs de vulnérabilité sont plus aigus.

Notre rapport appelle ainsi à une réponse politique ambitieuse et adaptée, à la hauteur des besoins spécifiques de chaque territoire ultramarin, et formule plusieurs recommandations concrètes pour sortir enfin du faux départ.

Le sport comme levier d’inclusion et d’émancipation

Dans ce contexte, le sport constitue un levier essentiel d’inclusion sociale. Il permet l’émancipation, la reconnaissance et la fraternité. Tout reste à faire pour développer le handisport dans les outre-mer, et notamment le cécifoot, dans le sillage des projets portés par Laura Flessel, athlète guadeloupéenne et quintuple médaillée olympique.

L’engagement de Tidiane Diakité auprès des jeunes en est une illustration exemplaire. Son exigence, sa bienveillance et son travail de transmission montrent combien le sport peut devenir un outil puissant pour l’égalité. 

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